Le picage, cette maladie auto immune insoupçonnée

Le picage, cette maladie auto immune insoupçonnée

Le picage, cette maladie auto immune que personne ne comprend…

Avec la disparition de Geti j’ai du mal à retrouver le goût de vivre, et surtout de continuer à vous aider… mais il faut bien se remettre au travail.

Le picage ou tout autre trouble du plumage trouve régulièrement son explication dans une origine comportementale ou psychologique.
Sans aucune réflexion, nous aurons tendance à dire que le perroquet en vient à mutiler son plumage « parce qu’il est malheureux ou stressé. »

Pour moi cette pensée commune qui sonne comme un adage ancré dans les mœurs demeure complètement fausse.

Je suis convaincue que la grande majorité des cas de picage, si ce n’est tous, trouvent leur origine dans un dysfonctionnement métabolique, probablement immunitaire.

Les perroquets sont des êtres logiques qui vont exprimer des problèmes de comportement quand ils ne se sentent pas bien, à cause de facteurs sociaux ou environnementaux.
Dès lors où les paramètres sont modifiés, le comportement l’est aussi dans son expression.
C’est ainsi que l’on peut conclure à une origine comportementale d’un problème.
C’est le cas des cris excessifs, de l’agressivité ou bien des stéréotypies.

Dès que l’on améliore les conditions de vie du perroquet, les problèmes se réduisent jusqu’à parfois disparaître complètement au fur et à mesure que ses besoins se trouvent comblés.

Dans le cas du picage, il n’en est rien.
Et c’est bien ce qui me laisse penser que jusqu’à présent les conclusions ont toujours été à côté de la plaque.
« On va mettre votre oiseau sous antidépresseur, car il est malheureux. »
« Il est EAM donc il souffre d’un trouble identitaire. »
« Il est trop fusionnel avec vous. »
« C’est comme nous quand on est stressés ou se ronge les ongles. »

Et puis quoi encore ?
C’est quoi toutes ces foutaises ?

Quand on connaît mieux les perroquets on réalise à quel point ces explications n’ont pas lieu d’être.
Par ailleurs le picage n’est pas un phénomène propre aux perroquets, de très nombreuses espèces d’oiseaux peuvent exprimer de la mutilation sur leur propre plumage, et on peut même constater des perroquets souffrant de picage à l’état sauvage.

Vous pensez vraiment que des perroquets vivant dans leur milieu naturel ont besoin d’antidépresseurs ?

Mon explication actuelle est aussi celle qui apporte les meilleurs résultats, bien que je ne prétends pas détenir la vérité je pense pouvoir apporter ma pierre à l’édifice.

Le stress peut être un élément déclencheur d’un problème qui existait déjà mais qui était en dormance. C’est pourquoi beaucoup de perroquets peuvent commencer spontanément un picage à la suite d’un événement dans leur quotidien qui aurait pu les impacter (positivement aussi d’ailleurs).

Un stress accru peut influencer le système immunitaire et faire se déclencher des phénomènes inflammatoires cutanés.
C’est le cas de l’eczéma chez l’homme, par exemple.
Le stress ne va pas être LA CAUSE de l’eczéma, mais uniquement son DÉCLENCHEUR.
La VRAIE SOURCE du problème : Le système immunitaire déjà affaibli.

Les conditions que nous offrons à nos perroquets en captivité ne permettent pas à leur métabolisme ni à leur système immunitaire de fonctionner de façon optimale. Je pense que c’est ce qui explique pourquoi nos oiseaux sont autant concernés par les problèmes de picage par rapport aux oiseaux sauvages.

L’ensoleillement qui permet la synthèse de vitamine D3 directement impliquée dans l’immunité est insuffisant en Europe, et nos oiseaux de compagnie pour la plupart passent beaucoup de temps à l’intérieur de nos maisons, bien préservés des précieux rayons du soleil.

L’autre paramètre qui impacte sensiblement l’immunité, c’est l’alimentation. Les conseils habituels ne sont pas toujours judicieux, car ils reflètent une totale méconnaissance des besoins nutritionnels et du fonctionnement métabolique de nos oiseaux.

Les croquettes et les mélanges de graines sèches du commerce sont inadaptés et susceptibles de fragiliser le système digestif de l’animal.
Tout comme pour nous les humains, des aliments indigestes ou pro inflammatoires peuvent amener, sur du long terme, à abîmer la paroi intestinale et ainsi sûr solliciter le système immunitaire qui lutte en permanence contre l’inflammation du système digestif abîmé par une nourriture inadéquate.

Lorsque le système immunitaire est épuisé, il peut s’attaquer à son propre organisme et provoquer des réactions inflammatoires (cutanées en l’occurrence) localisées, ou généralisées dans les cas les plus extrêmes.

Quand on observe un perroquet qui se pique, il faudrait être borné ou aveugle pour ne pas constater à quel point sa propre peau le dérange.
Le perroquet peut se réveiller en pleine nuit pour essayer de soulager de terribles démangeaisons. On constate que son attention se focalise sur les zones touchées par le picage. Sa toilette peut s’exprimer plus fréquemment et de manière plus intense.
Le perroquet peut aussi simplement fixer régulièrement les parties du corps concernées par la mutilation.

Pourquoi diable un perroquet serait-il capable de prendre soin des plumes de certaines parties de son corps et mutiler les autres situées sur des zones bien précises ?
J’ai toujours trouvé stupide de dire qu’un perroquet se pique parce qu’il ne sait plus comment entretenir son plumage pour cette raison…
Il me semble évident que le perroquet souhaite entrenir normalement l’ensemble des plumes de son corps (son outil de survie en tant que proie et oiseau voilier tout de même), mais s’il en vient à mutiler son plumage à certains endroits c’est tout bonnement parce que les démangeaisons ou gênes localisées sont trop insupportables.
Voilà une explication beaucoup plus plausible vous ne trouvez pas ?

Ce qui personnellement me trouble au point de refuser presque de croire que le problème peut être d’origine comportementale, c’est aussi le fait que beaucoup d’oiseaux maltraités et terriblement malheureux ne se piquent pas. Certains ont même un plumage de très bonne qualité après des années passées dans des lieux insalubres.
À l’inverse, j’ai très souvent en consultation des perroquets qui se mutilent alors qu’ils disposent de conditions de vie exemplaires. Ces oiseaux là se piquent mais n’expriment aucun signe de mal être (pas de cris, d’agressivité ou de stéréotypies).
L’exercice physique semble être un véritable catalyseur pour amener vers l’expression de problèmes de santé lorsque l’alimentation n’est pas adaptée aux besoins de l’espèce, ni à l’activité physique de l’individu.

L’approche alimentaire est celle qui permet d’obtenir les meilleurs résultats, même si parfois cela peut être long et qu’il faut être extrêmement rigoureux.

Ma conclusion : le picage trouve son origine dans l’immunité, point à la ligne.

C’est pourquoi il est essentiel que les vétérinaires fassent des examens, dépistages de maladies, parasites intestinaux, résolution des carences et rééquilibrage alimentaire (sans conseiller les extrudés bien évidemment).

Margaux Deman