« Ne donne pas de tournesol à ton perroquet, tu vas lui faire un foie gras ! » 🌻
Combien de fois a t-on entendu ce sempiternel raccourci ?
Laissez moi vous expliquer pourquoi il faut être prudent lorsque l’on diabolise le gras, car les effets d’un régime riche en graisses dépendent du contexte (de l’ensemble du bol alimentaire et de l’exercice physique).
Premièrement, comment le foie du perroquet stocke t-il les graisses au point de devenir « énorme et malade » (ce qu’on appelle une stéatose hépatique non alcoolique) ?
Ce processus est favorisé par une alimentation très riches en glucides (sucres).
Les glucides sont présents en grandes quantités dans les graines céréales : maïs, blé, avoine, riz, millet… ainsi que les fruits sucrés domestiqués (pomme, banane, poire, oranges, raisin, mangue…).
⚠️ Ça n’est pas parce que les céréales n’ont pas un goût « sucré » que leur consommation ne provoque pas les mêmes effets !
Chaque fois que le perroquet consomme ces aliments, son taux de sucre dans le sang augmente.
Le pancréas est un organe digestif qui intervient pour faire baisser ce taux afin de revenir à une concentration normale (car une quantité élevée de sucre dans le sang est dangereuse/inflammatoire pour les organes).
💉 Une hormone, l’insuline, va être sécrétée par le pancréas pour faire rentrer ce sucre dans les cellules comme source d’énergie immédiate OU sous forme de réserves que le corps pourra utiliser ultérieurement.

La première problématique qui se pose avec un régime chargé en glucides (graines céréales, fruits et extrudés par exemple) est que l’insuline sera excrétée en grande quantité à chaque prise alimentaire (ce qu’on appelle un pic d’insuline).
Le foie reçoit ainsi un fort signal par l’insuline de transformer l’excès de sucre en graisses.
Un phénomène naturel dont l’ampleur s’adapte à la puissance du signal insulinique, et donc au contenu du repas du perroquet.
L’insuline indique au corps : « on stocke le gras, on ne le brûle pas ».
Quand la sécrétion d’insuline est forte et régulière, le corps réduit ainsi le phénomène de destockage des graisses. À l’inverse, lorsque l’insuline est faiblement excrétée, l’usage des réserves de graisses est favorisé, ce qui limite considérablement le phénomène de foie gras et permet d’éliminer plus facilement un excès de graisse dans le corps (dans le foie et ailleurs).
Ainsi, pour résumer :
✅Régime faible en glucides = faible sécrétion d’insuline = moins de stockage de gras
⛔️Régime élevé en glucides = forte sécrétion d’insuline = stockage de gras plus important.
Comprenez bien que le foie se charge de transformer le glucose (sucre) en triglycérides (gras). Ce qui explique pourquoi un foie peut devenir gras même sans aucun apport de graisse dans l’alimentation !
🪿 C’est ainsi que l’on obtient un foie gras en élevant des oies ou des canards avec des graines très riches en glucose/fructose, tel que le maïs ! 🌽 Les animaux sont gavés pour que les sucres soient excédentaires et que le foie grossisse rapidement en quelques mois.
Une fois que l’on a compris ça, on peut se demander alors pourquoi le tournesol qui est gras et peu glucidique, ainsi que les autres oléagineux, sont souvent pointés du doigt dans le cas d’une stéatose hépatique ?
✅ Prenons l’exemple d’un perroquet qui mange majoritairement ces graines avec très peu d’apports en glucides (pas de fruits tous les jours, ni céréales ni extrudés) voici ce qu’il se produit dans son corps :
La faible quantité de glucides dans les tournesol ou autres oléagineux ne stimule pas la production d’insuline = faible concentration d’insuline = faible stockage de gras = pas de foie gras.
⛔️ Dans le cas où le perroquet mange à la fois des graines grasses avec des sources de glucides (céréales, extrudés et/ou fruits sucrés, pain, pâtes, riz, biscuits, pomme de terre), le combo peut être dévastateur.
Malgré la faible quantité de glucides dans les oléagineux, la consommation des autres aliments sucrés présents dans le menu vont stimuler la production d’insuline = forte concentration d’insuline = stockage de gras = phénomène de foie gras.
Dans ce contexte, les graisses du bol alimentaire ne peuvent pas être utilisées et seront alors plus facilement stockées.
Le foie va alors mettre en réserve à la fois les graisses alimentaires ET les graisses qu’il va fabriquer à partir du sucre présent dans les autres aliments.
L’accumulation des graisses dans le foie (et ailleurs) est ainsi beaucoup plus rapide lorsque les perroquets consomment des aliments riches en gras (comme le « vilain » tournesol) ET riches en glucides.
On comprend ainsi que le problème n’est pas vraiment le tournesol, mais les aliments qui l’accompagnent.
Pointer le tournesol du doigt comme étant responsable du phénomène de foie gras à cause de sa teneur élevée en graisse est un malheureux raccourci qui dépend donc de l’ensemble du menu du perroquet.
Et j’aurais tendance à pointer du doigt les glucides et conseiller de donner des aliments riches en graisses avec très peu d’apports sucrés. Ce qui est par ailleurs le schéma alimentaire idéal pour la majorité des espèces de perroquets, et ce que je fais avec les miens toutes espèces confondues (avec quelques nuances pour les petites espèces).
Régime pauvre en glucides et riche en graisses = peu de sécrétion d’insuline = peu de stockage de graisses/combustion des graisses favorisée = utilisation des graisses comme source d’énergie = énergie plus stable tout au long de la journée/meilleures performances physiques et cognitives (je reviendrai une autre fois sur ce dernier aspect).
Dernier point, les oiseaux qui se dépensent énormément grâce à la pratique quotidienne du vol (en maison, en volière ou encore en vol libre) seront davantage épargnés car les réserves de graisses seront utilisées pour fournir de l’énergie lors de l’exercice physique.
Les perroquets qui vivent en volière extérieure toute l’année ont de plus fortes dépenses pour 3 raisons principales :
1) Stimulations par l’environnement extérieur = hypervigilence et activité cérébrale accrue (le cerveau est un organe très gourmand en énergie)
2) Fluctuations de températures = effort de thermorégulation contrairement aux oiseaux d’intérieur qui vivent dans un environnement aux conditions stables.
3) Exercice du vol plus fréquent si la volière le permet comparativement à un oiseau qui vivrait en cage et dépendrait des sorties dans la maison pour ses dépenses physiques.
C’est pourquoi les régimes pauvres en gras et riches en glucides peuvent convenir dans certains cas sans provoquer ni foie gras, ni soucis de santé.
Je maintiens le fait qu’à long terme cette approche nutritionnelle peut s’avérer néfaste, car ce n’est pas dans cette direction qu’a évolué le métabolisme des perroquets depuis des millions d’années.
Les régimes riches en tournesol peuvent être problématiques du fait que les graines sont trop pauvres en nutriments, leurs acides gras pro-inflammatoires (sauf la variété de tournesol oléique) et causent inévitablement des carences si le menu du perroquet n’est pas convenablement enrichi à côté.
Pour autant, ils ne sont pas à bannir, et je pense désormais que vous l’aurez compris.
Margaux Deman
